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PATRIARCAT : UN SYSTEME BENEFIQUE POUR QUI ?

Première partie : Le patriarcat et les femmes

Dans l’article précédent, j’ai abordé le sujet des réactions que suscitait le mot « féminisme ».
Aujourd’hui, je continue de creuser la réflexion autour du sujet du patriarcat et en quoi on pourrait croire qu’il opprime les femmes et qu’il donne tout le bénéfice aux hommes. En partie bien sûr, mais peut être pas autant qu’on le croit …
L’article étant très long, je l’ai divisé en 2 parties, cette première partie abordant le côté des femmes et la seconde (qui arrivera la semaine prochaine) celui des hommes.

Plus le temps passe, plus je perçois le patriarcat comme un système (politique?) qui prive (ou essaie en tout cas) de son pouvoir la majorité des humains pour le bénéfice de quelques uns. Il divise pour mieux régner, en rentrant depuis très longtemps dans la tête des femmes que leur nature ne leur permet pas de faire ou être ce qu’elles voudraient et qu’elles ont besoin d’hommes à leurs côtés pour réussir leur vie ; et en rentrant dans la tête des hommes qu’ils sont supérieurs de par leur nature raisonnable et dominante et que c’est eux les plus forts qui détiennent le pouvoir … Mais quel pouvoir finalement ?

[Attention – Ce qui suit est la description d’une partie de ce qu’on attend des femmes et des hommes dans un schéma patriarcal. Personne n’est visé à part ce schéma. Et je ne dis pas non plus que absolument tout le monde peut se retrouver complètement dans ce schéma. Chacun est différent et a vécu différemment. Je dis seulement que ce sont des aspects de notre société très présents que l’on a plus ou moins intégré, et dont on est plus ou moins conscients mais qui ont forcément une influence, quelle qu’elle soit, dans nos vie.]

Le patriarcat et les femmes

Bien sûr, je ne pense pas vous apprendre grand chose en disant que c’est un système qui écrase le féminin dans tout ce que ça peut comporter.

La mariage et la maternité

Dans le schéma patriarcal, les femmes sont infantilisées, même à l’âge adulte. On les élève d’abord comme des princesses dont le but ultime dans la vie est de trouver un prince charmant qui viendra prendre le relais de leur père pour donner leur approbation ou pas sur ce qu’elles sont, ce qu’elles font, ce qu’elles pensent, etc. On les éduque donc à rester dépendantes, au moins affectivement. Il n’y a qu’à voir les remarques que peuvent recevoir les femmes célibataires (mais pas forcément moins épanouies) à partir de 30 ans. Elles manqueraient quelque chose si elle ne finissent pas par mettre un mari dans leur vie et rapidement ensuite des enfants. Les jeunes femmes qui assument de ne pas vouloir d’enfants, se font entendre que c’est parce qu’elles sont encore jeunes mais que ça viendra avec le temps. Plus tard, c’est parce qu’elles n’ont pas trouvé le bon. Etc … Mais une femme, en couple ou pas, épanouie et heureuse, sans enfants semble pour beaucoup quelque chose d’étrange voire d’impossible et on est persuadés qu’elle finira par le regretter une fois la ménopause arrivée. Après tout, quel autre but pourrait-elle avoir dans la vie que de devenir mère ? Les femmes devraient vivre dans le sacrifice pour leur mari et leurs enfants, et « se fondre» comme dit l’écrivaine et journaliste Mona Chollet dans une figure maternante.
En effet, encore aujourd’hui, avec un peu d’observation, on peur voir que les modèles de femmes qu’ont à leur disposition les jeunes filles sont assez restreints : souvent en intérieur et dont le rôle est de s’occuper des autres, comme institutrice, infirmière, nounou, assistante sociale, femme de ménage, sage-femme, etc (et vous remarquerez que ce sont des termes que l’on a très peu l’occasion d’employer au masculin). Les petites filles sont incitées dès le plus jeune âge à se diriger vers ces métiers de par des jouets hyper genrés pour leur écrasante majorité, les personnages dans les livres, les films (ça commence doucement à bouger de ce côté là ces dernières années).
Les femmes sont également très souvent infantilisées par le milieu médical. Nous pouvons parler des violences gynécologiques que subissent un grand nombre de femmes dans le contexte grossesse / accouchement où elles subissent des interventions sans avoir donné leur consentement et sans avoir été prévenue (on peut prendre l’exemple assez courant de l’épisiotomie). Elles en subissent également hors de ce contexte, lors de consultations de suivi, où elles ne sont pas toujours prises au sérieux quand elles font part à leur médecin de douleurs de règles trop importantes par exemple.

Le corps

On leur fait comprendre qu’elles sont par nature esclaves de leurs émotions et qu’elles ont donc besoin de la présence masculine pour les canaliser et apporter un peu de raison et d’intellect dans le foyer. On connaît bien la fameuse phrase « t’as tes règles ou quoi ? ». Leur cycle menstruel sert souvent de prétexte pour décrédibiliser leurs ressentis et leurs propos.

On enferme également leurs corps avec des injonctions à la jeunesse éternelle, toujours au service de l’homme. Ce corps qui est là pour être beau et pour enfanter. Ainsi, la femme vieille et ménopausée sera dévalorisée et considéré comme inutile, voire effrayant. Mona Chollet, explique dans son livre « Sorcières, la puissance invaincue des femmes », que cette peur et ce rejet de la vieille femme vient de l’époque des chasses aux sorcières, à la Renaissance, où une bonne partie des femmes torturées et brûlées vives étaient les vieilles femmes (celles qui avaient le plus d’expérience) et en particulier les veuves (qui ne sont plus sous le contrôle d’un homme). Alors qu’en parallèle, on considère un homme grisonnant ou ayant un « dad body » (de bonnes joues et un petit bide à bières poilu) comme sexy. De plus, les femmes sont incitées à détester leur corps, par le dégoût des poils, le dégoût des règles, l’injonction du corps parfait (c’est à dire mince mais pas trop musclé sinon c’est pas assez féminin, imberbe, une belle peau, maquillée mais pas trop, des beaux cheveux, une posture convenable : jambes fermées voire croisées, le dos droit, surtout ne pas être trop détendue, habillé avec goût …) à retrouver le plus rapidement possible après les grossesses évidemment. C’en est au point que toutes savent ce qu’on attend d’elles pour qu’elles soient « présentables » mais très peu apprennent à savoir comment elles se plaisent à elles-mêmes.
Cela me rappelle une anecdote qui m’est arrivé. On discutait avec un chauffeur de taxi, par ailleurs très sympa, et on plaisantait sur les régimes post fêtes de fin d’année. Et il m’a dit que franchement il ne fallait pas que les femmes se cassent la tête comme ça car la majorité des hommes en réalité préféraient les femmes pas trop minces (pas trop grosses non plus mais avec des formes tout de même). C’est un commentaire qui se voulait sympa, mais il s’agissait encore de l’approbation des hommes et non des femmes pour elles-mêmes.

La sexualité

Leur sexualité est considérée comme naturellement compliquée et inhibée (alors qu’au Moyen Âge, au contraire, la libido des femmes étaient vue comme incontrôlable). Aujourd’hui, une femme assumant ouvertement une vie sexuelle active et épanouie sera jugée et vue d’un mauvais œil. Elles finissent en somme par n’avoir le choix qu’entre la mère ou la putain. Sans parler du fait que les filles, de plus en plus jeunes, grandissent avec le porno devenu très accessible, comme référence. Référence dans laquelle la domination et la culture du viol sont plus qu’omniprésentes, et où le modèle est complètement hétérocentré, voire même plutôt phallocentrique (c’est-à-dire centré sur le phallus et la pénétration)… Car on ose espérer qu’une sexualité hétéro épanouie n’est pas obligatoirement phallocentrique. Je dirai même plus, que la sexualité ne commence pas à la première pénétration mais bien avant. Peut être peut-on vivre une sexualité épanouie même seul.e. Et je citerai maintenant Adèle Haenel au micro de France Inter (pour parler du film « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma) : « Le regard masculin a été associé à un regard neutre pendant très longtemps. […] Ce regard a une origine et un rapport avec la domination masculine ».

Adèle Haenel et Noémie Merlant dans « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma

C’est ainsi que les femmes se voient dépossédées de la seule chose physique qui finalement appartient à un être humain et que l’on ne peut lui voler qu’en lui ôtant la vie normalement : leur corps ; par la sexualité, par le contrôle de l’image qu’elles doivent renvoyer, et en niant ou en n’écoutant pas les messages que celui-ci leur envoie (les émotions, la douleur …). Le tout justifié par des thèses essentialistes (qui disent que c’est la nature de l’homme ou de la femme de se comporter de telle ou telle manière) …

Rendez vous la semaine prochaine avec les hommes

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