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PATRIARCAT : UN SYSTEME BENEFIQUE POUR QUI ? #2

Seconde partie : Le patriarcat et les hommes

Dans l’épisode précédent …
Dans l’article précédent, j’ai abordé le sujet des réactions que suscitait le mot « féminisme ».
Aujourd’hui, je continue de creuser la réflexion autour du sujet du patriarcat et en quoi on pourrait croire qu’il opprime les femmes et qu’il donne tout le bénéfice aux hommes. En partie bien sûr, mais peut être pas autant qu’on le croit …
L’article étant très long, je l’ai divisé en 2 parties, une première partie sur le patriarcat et les femmes que vous pouvez retrouver ICI , et aujourd’hui la suite pour parler du patriarcat et des hommes.

[Attention – Ce qui suit est la description d’une partie de ce qu’on attend des femmes et des hommes dans un schéma patriarcal. Personne n’est visé à part ce schéma. Et je ne dis pas non plus que absolument tout le monde peut se retrouver complètement dans ce schéma. Chacun est différent et a vécu différemment. Je dis seulement que ce sont des aspects de notre société très présents que l’on a plus ou moins intégré, et dont on est plus ou moins conscients mais qui ont forcément une influence, quelle qu’elle soit, dans nos vie.]

Le chevalier et l’aventurier

Les hommes, eux, peuvent parfois recevoir une éducation, non pas de princesses, mais de preux chevaliers qui volent au secours de leurs belles, pour par la suite leur assurer un confort optimal, ramener les sous à la maison pour remplir les placards comme de bons chefs de famille. Ils gèrent, ils maîtrisent … et ça peut finir par poser problème quand ils se retrouve dans une période de chômage ou quand madame gagne plus par exemple. Dans le cadre de la famille, le preux chevalier travaille dur pour subvenir à tous les besoins de sa tribu, et il se retrouve, lui aussi à sa manière, dans un schéma de sacrifice, ceci accentué par le fait que son rôle se trouve en grande partie à l’extérieur de la maison (contrairement à la femme maternante qui s’occupe de l’intérieur). Il représente l’autorité, quitte à n’avoir qu’une relation froide et distante avec ses enfants. Le fait de devoir gérer, garder le contrôle, en toutes circonstances est également une charge pesante, et induit souvent de ne pas s’autoriser d’erreurs et se détacher de ses émotions (pas le droit de faiblir!).
Il y a aussi la version aventurier, l’homme, le vrai, celui pour qui les femmes sont bonnes pour passer à la casserole, mais pas questions d’engagement, d’enfants, de famille, de responsabilités … Très peu pour lui. Une femme et des enfants, c’est un boulet au pied à éviter ou à repousser le plus tard possible. Mais si le centre de ses préoccupations, par rapport à son image de la virilité, n’est pas le fait d’assurer un max le confort de sa famille, cela se reporte sur sa capacité à séduire et à ramener des femmes dans son lit, voire d’exercer une domination sur elles (et sur le plus grand nombre de personnes possible, tant qu’à faire) tel un bloc de testostérone aux pulsions incontrôlables. Des femmes consentantes ou pas, c’est une autre question, le principe étant aussi de leur montrer qui est le chef, qui est le plus fort. Nous pouvons retrouver le profil de l’aventurier dans le harceleur de rue (celui qui, au mieux, regarde les femmes comme un morceau de viande dans la rue, ou au pire, leur fait part de ses fantasmes, leur colle des mains aux fesses dans les transports ou les suit jusqu’à chez elles). Comme explique Anaïs Bourdet, créatrice du tumblr Pays Ta Sneck, dans son TedX sur le harcèlement de rue : « C’est quoi la différence entre drague et harcèlement ? La différence, elle est toute simple : c’est le consentement. La drague, c’est un jeu qui se pratique à deux. Le harcèlement, lui, s’impose d’une personne sur une autre. […] Le harcèlement de rue n’a absolument rien d’un jeu de séduction. Dans l’immense majorité des cas, il n’y a aucune intention de flatter ou de séduire. Mon harceleur, quand il m’a hurlé qu’il voulait m’éclater la chatte, se doutait bien que ça n’allait pas finir autour d’un dîner aux chandelles. Dans l’immense majorité des cas, c’est uniquement une façon d’imposer une forme de supériorité obsolète, et d’écraser l’autre pour se sentir soi-même plus fort. Et ainsi d’entretenir la peur ».
Ah et aussi évidemment, on ne pleure pas. Car oui l’aventurier pour correspondre à l’image de mâle viril et dominant ne peut pas se laisser à « la sensiblerie » non plus. En fait, tout ce qui se rapprocherait de près ou de loin d’une attitude pouvant être catégorisée comme féminine, c’est nul. Les émotions, les sentiments, la vulnérabilité, tout ça c’est pour les femmes ou les homos.

On comprend qu’aujourd’hui ceux que l’on appelle les nouveaux pères soient un peu perdus car ils cherchent d’autres manières d’être hommes et papas mais sans vraiment d’autres modèles, il y a tout à inventer.

Le corps et la sexualité

Au niveau corporel, la pression est différente. Elle repose pas mal sur ce fameux appendice qui doit, déjà être le plus grand possible pour prouver sa puissance, et fonctionner sur commande. Car oui, les hommes, c’est bien connu, ont une sexualité simple et mécanique. Et puis, tout le monde sait qu’un homme, dès très jeune d’ailleurs (il m’est arrivé de recevoir ce commentaire de la part d’un élève de 14 ans …), ça a des pulsions. Et des pulsions tellement fortes qu’elles sont quasi incontrôlables et qu’il est de notre devoir, mesdames d’y répondre. Et on retrouve ça, même dans la communauté homosexuelle, où il est courant de voir précisé sur des annonces de sites de rencontres « masc » (c’est à un dire un homo mais surtout pas efféminé). Les hommes auraient donc leur cerveau dans le slip. Ça fait rêver !

Et si on sortait de cette binarité ?

A priori, on pourrait croire que les hommes dans une telle société en tirent tous les bénéfices. Et on ne va pas se mentir, ils en tirent quand même beaucoup plus que la gente féminine (ou efféminée). L’historien Guy Bechtel a écrit en parlant des femmes « Aucun groupe au monde ne fut si longtemps et durement insulté ». Mais l’angle qui m’intéresse maintenant est celui du pouvoir et de la hiérarchie qu’instaure un tel modèle. Mais quel pouvoir ?

Le patriarcat fait en sorte que les femmes dépensent beaucoup de temps et d’argent dans des choses qui ne concernent en rien la réflexion, la politique, l’engagement quel qu’il soit dans le fonctionnement de nos sociétés et qu’elles ne se sentent ni capables, ni légitimes à le faire. Petite suggestion : imaginez un monde (et surtout la tête des grands patrons, des lobby, etc) où les femmes grandiraient en étant heureuses avec leur corps tel qu’il est et qui n’auraient plus besoin ni de crème anti-âge, ni de cire dépilatoire, ni de 15 produits différents à se mettre sur les cheveux, ni de produits 0% matières grasses et spécial régime etc. Et aussi le temps et l’argent que vous économiseriez mesdames.
Et côté masculin, le patriarcat incite les hommes à poser leur attention sur la place qu’ils occupent dans la hiérarchie et sur le pouvoir qu’ils exercent sur les autres, et entre autres sur les femmes. Il place donc les femmes en faire-valoir. Cela rend les hommes mieux placés dans la société certes, mais pas moins dépendants que les femmes quelque part. Car le preux chevalier, pour se sentir bien, aura besoin d’être reconnu par la société et par sa compagne dans son rôle de chef de famille qui assure. L’aventurier qui prône sa liberté loin des responsabilités et contraintes familiales, sera dépendant de l’attention des femmes et de son sentiment de domination. Si un homme est censé bander sur commande et avoir une libido de lapin, celui qui ne se retrouve pas dans ce modèle se sentira mal et pensera sans doute qu’il a un problème.

Le Vrai pouvoir

Le vrai pouvoir est le pouvoir que l’on a sur soi-même, sur sa vie, sur son avenir, ses actions, ses pensées, etc. Donc chaque personne a tout le potentiel en elle pour cela. Si, pour se sentir libre et cheminer vers le bonheur (ce que tout le monde souhaite je pense), on place notre pouvoir à l’extérieur de nous, on se trompe de route. Je me rappellerai toujours de l’image d’un ex beau-père qui passait beaucoup de temps, surtout après quelques verres, à parler de la taille de son pénis, à se définir comme un rebel, un mec un vrai, blablabla et qui, un soir où sa femme n’était pas là, a essayé de se faire à manger (autre que l’habituelle planche de fromage / charcut’) tout seul. Il a posé une patate sur une poêle, comme ça sans rien et il l’a mis sur le feu et a attendu que ça cuise … Quel est alors le pouvoir d’un homme, même s’il rentre à merveille dans le modèle du parfait patriarche et qu’il le clame haut et fort, s’il n’est même pas fichu de subvenir à ses besoins les plus basiques tout seul ?
Voici pourquoi, selon moi, ce schéma de société est nocif pour tous, femmes ET hommes, même si c’est clairement les femmes qui en souffrent le plus. Voici pourquoi le combat féministe ne concerne pas que les femmes. Je rappelle que ces clichés et idées reçues sur ce que doit être un homme ou une femme ne sont pas entretenues que par des hommes, mais également par des femmes. Pour changer le monde dans lequel nous vivons, chacun d’entre nous à sa part à faire. Mesdames, messieurs, vous êtes toutes et tous important.e.s, capables et puissant.e.s. Vous avez le pouvoir que vous déciderez de vous donner. Et c’est vous qui formez la société d’aujourd’hui et un peu de demain dans tout ce que vous transmettez à vos enfants. A vous les commandes ! 😉

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